1 10
Accueil – Blog – Communiquer & Influencer – Archétype du Bouffon : introduire du recul sans minimiser les responsabilités

Archétype du Bouffon : introduire du recul sans minimiser les responsabilités

Archétype du Bouffon dans l’exercice du leadership

Découvrez l’archétype du dirigeant Bouffon : ses forces, ses risques et les repères pour utiliser l’humour sans minimiser les responsabilités.

Publié le

·

Mis à jour le

Archétype du Bouffon : introduire du recul sans minimiser les responsabilités

La réunion dure depuis plus d’une heure. Trois responsables défendent chacun leur urgence, le calendrier ne permet pas de tout traiter et personne ne veut trancher. Vous faites alors remarquer que l’entreprise possède désormais « trois priorités absolues classées numéro un ». Plusieurs personnes rient. La formule résume l’incohérence de la situation, sans accuser personne. L’équipe peut reprendre la discussion avec davantage de recul.

Le Bouffon intervient souvent de cette manière. Son humour permet de nommer une situation devenue absurde, de réduire les réactions défensives et de rouvrir un échange qui tournait en rond. Le rire crée un moment de recul.

Cette ressource propre au Bouffon demande une attention particulière au contexte et aux personnes concernées. En effet, lorsqu’un dirigeant plaisante sur l’erreur d’une personne devant l’équipe, celle-ci peut rire sans se sentir libre de manifester son malaise. L’humour l’expose alors au regard du groupe et rend la discussion plus difficile.

L’humour du Bouffon est utile lorsqu’il permet de reconnaître une incohérence. Il devient dommageable lorsqu’il minimise une situation grave ou expose une personne au rire du groupe.

Comprendre cet archétype permet d’examiner la place que vous accordez à l’humour, au jeu et à l’imprévu dans votre manière de diriger. Vous pourrez ainsi distinguer les interventions qui libèrent la réflexion de celles qui détournent l’attention.

SOMMAIRE

  1. Comprendre l’archétype du Bouffon
  2. Comment savoir si l’archétype du Bouffon vous correspond ?
  3. Ce que le Bouffon apporte à l’organisation
  4. Quand l’humour empêche de traiter le problème
  5. Utiliser l’humour avec discernement
  6. Les situations où le Bouffon apporte un appui décisif
  7. Les archétypes complémentaires du Bouffon
  8. Questions pour développer votre leadership de Bouffon
  9. Exercer pleinement le rôle du Bouffon

Comprendre l’archétype du Bouffon

Le Bouffon appartient aux douze archétypes professionnels proposés par Margaret Mark et Carol S. Pearson à partir des travaux de Carl Gustav Jung. Il correspond au Jester dans la classification anglophone. Les termes de Farceur ou d’Amuseur sont parfois employés, mais ils rendent imparfaitement compte de sa fonction. Dans les organisations, le Bouffon ne cherche pas seulement à faire rire. Il introduit un décalage qui permet de voir autrement une règle, une habitude ou une situation devenue trop tendue.

Sa motivation principale consiste à préserver une forme de liberté et de vitalité dans l’action. Il résiste aux discours trop solennels, aux procédures appliquées sans réflexion et aux positions de pouvoir qui ne supportent plus la contradiction. Il remarque l’écart entre ce que l’organisation affirme et ce que chacun observe. Il peut restituer cet écart en une formule brève que le groupe comprend immédiatement.

Dans une entreprise, cette posture apparaît chez le dirigeant qui sait reconnaître l’absurdité d’un calendrier qu’il a lui-même validé, qui accepte de rire d’une présentation inutilement compliquée ou qui transforme une séance de travail bloquée en exercice plus libre. Il ne renonce pas au sérieux des responsabilités. Il évite que la gravité du ton donne l’illusion de la profondeur ou de la maîtrise.

Le Bouffon peut être une femme ou un homme. Le nom de l’archétype décrit une dynamique professionnelle et ne correspond ni à une fonction officielle ni à un tempérament toujours extraverti. Une personne discrète peut exercer cette influence par une observation précise, une question inattendue ou une formule rare mais décisive.

Les archétypes constituent une grille de réflexion. Ils éclairent des tendances et leurs effets dans une situation professionnelle. Ils ne permettent pas d’établir un diagnostic de personnalité.

→ Découvrir les 12 archétypes du dirigeant

Comment savoir si l’archétype du Bouffon vous correspond ?

Le Bouffon se reconnaît à sa capacité à déceler l’incongruité d’une situation, à modifier l’atmosphère d’un groupe et à ouvrir une autre manière d’aborder un problème.

Plusieurs tendances peuvent apparaître dans votre pratique :

  • Vous formulez rapidement la contradiction ou l’absurdité que les autres semblent accepter sans la commenter.
  • Vous utilisez l’humour pour détendre un échange devenu trop raide ou trop défensif.
  • Vous supportez mal les discours convenus, les présentations solennelles et les règles que personne ne sait plus justifier.
  • Vous trouvez volontiers une comparaison, un exemple inattendu ou un changement de format pour relancer la réflexion.
  • Vous acceptez de montrer vos propres erreurs et pouvez en parler sans chercher à préserver votre image.
  • Vous savez créer des moments de plaisir qui redonnent de l’énergie au collectif.
  • Vous faites parfois une plaisanterie lorsque vous ne savez pas encore comment exprimer votre désaccord.
  • Vous minimisez une difficulté parce que vous craignez d’alourdir l’atmosphère.
  • Vous supposez que les autres comprennent votre intention, même lorsque votre formule peut être interprétée de plusieurs façons.
  • Votre entourage vous reproche parfois de manquer de sérieux alors que vous cherchez à rendre la situation plus supportable.

Trois questions permettent de préciser cette première lecture :

  1. Vos traits d’humour aident-ils le groupe à revenir au problème ou lui permettent-ils surtout de l’éviter ?
  2. Les personnes plaisantent-elles librement avec vous, y compris à propos de vos décisions ?
  3. Savez-vous reprendre un ton direct lorsqu’une situation exige une position claire, une réparation ou un arbitrage ?

Si vous introduisez spontanément de la légèreté, mettez à l’épreuve les conventions et rendez les contradictions plus visibles, le Bouffon occupe probablement une place importante dans votre leadership.

Ce que le Bouffon apporte à l’organisation

Il rend une contradiction plus facile à examiner

Chacun sait que les réunions commencent systématiquement en retard, qu’un indicateur de projet n’est plus fiable ou qu’une procédure censée simplifier le travail ajoute plusieurs validations. Le sujet provoque des justifications dès qu’il est abordé.

Le Bouffon trouve parfois la phrase qui suspend ces défenses. En qualifiant le nouveau tableau de suivi de « sixième outil destiné à centraliser les cinq précédents », il rend l’accumulation visible sans commencer par désigner un responsable. Le rire crée un bref accord sur le constat.

Ce moment doit ensuite conduire à une discussion plus précise. Quels outils sont réellement utilisés ? Quelles informations doivent être conservées ? Qui décide de supprimer les doublons ? L’humour ouvre l’examen. Il ne réalise pas à lui seul l’analyse ni l’arbitrage.

Il desserre les positions devenues rigides

Dans un désaccord, les personnes peuvent défendre progressivement leur rôle, leur expertise ou la cohérence de leurs décisions passées. Chaque argument supplémentaire rend le lâcher prise encore plus difficile. Reconnaître une erreur donnerait le sentiment de perdre la face.

Le Bouffon, quant à lui, introduit une formulation qui permet de changer de position sans humiliation. Il peut reprendre avec autodérision une hypothèse qu’il soutenait encore la semaine précédente, proposer que chacun défende pendant cinq minutes l’option opposée à la sienne ou demander au groupe d’imaginer la solution la plus coûteuse et la plus compliquée possible. L’exercice fait apparaître des raisonnements jusque-là invisibles.

Vous pouvez utiliser cette ressource lorsque l’échange tourne en boucle. Le changement de cadre aide les participants à explorer une autre possibilité sans exiger qu’ils abandonnent immédiatement leur position initiale.

Il favorise des interactions plus vivantes dans l’équipe

L’humour au travail ne produit pas un effet uniforme. Il peut renforcer les relations et alléger la tension lorsqu’il est partagé. Il peut aussi exclure, détourner le sujet ou exclure une personne qui ne maîtrise pas les codes du groupe.

Jessica Mesmer-Magnus, David Glew et Chockalingam Viswesvaran ont publié en 2012 une méta-analyse consacrée à l’humour positif au travail. En réunissant les résultats de recherches antérieures, ils ont observé des associations entre la satisfaction professionnelle, la cohésion des groupes, la santé, la capacité à faire face aux difficultés et certains indicateurs de performance. Lorsque les responsables employaient un humour positif, leurs collaborateurs avaient tendance à juger plus favorablement leur efficacité et la relation qu’ils entretenaient avec eux. Lire la méta-analyse publiée dans le Journal of Managerial Psychology.

Ces résultats rassemblent des études qui ne définissent ni ne mesurent toujours l’humour de la même manière. Ils établissent principalement des associations et ne prouvent pas qu’une plaisanterie améliore mécaniquement le fonctionnement d’une équipe. Ils invitent à examiner la nature de l’humour employé : rapproche-t-il les personnes, aide-t-il à supporter une difficulté ou repose-t-il sur la mise à l’écart de quelqu’un ?

Il peut relancer le travail dans une réunion bloquée

Le rire partagé influence parfois favorablement la suite d’un échange. Les personnes se répondent plus librement, formulent une idée moins attendue ou cessent de répéter le même argument. Cet effet est particulièrement utile lorsque le groupe doit chercher une solution et que la discussion s’est enfermée dans des réponses convenues.

En 2014, Nale Lehmann-Willenbrock et Joseph Allen ont filmé et codé les échanges de 54 réunions ordinaires d’équipes professionnelles. Ils ont observé des séquences dans lesquelles une remarque humoristique était suivie d’un rire, puis d’une autre intervention humoristique. Ces séquences précédaient plus souvent des réactions positives entre les participants, une discussion mieux organisée et l’apparition de nouvelles solutions. Elles étaient aussi associées aux évaluations de performance des équipes, immédiatement après les réunions et deux ans plus tard. Lire l’étude publiée dans le Journal of Applied Psychology.

L’étude apporte une autre précision importante : l’association positive disparaissait dans les équipes confrontées à une forte insécurité de l’emploi. Un dirigeant ne peut donc pas utiliser la légèreté comme si le contexte était neutre. Lorsque les personnes craignent pour leur poste, leur statut ou leurs conditions de travail, elles peuvent entendre une plaisanterie comme un déni de la situation.

Il autorise le dirigeant à ne pas prétendre tout maîtriser

Un dirigeant qui reconnaît son erreur avec simplicité allège souvent le collectif qui consacre beaucoup d’effort à protéger les apparences. Il peut dire qu’il a surestimé la clarté de sa consigne, que son calendrier relevait d’un optimisme peu raisonnable ou que la présentation qu’il avait demandée n’a finalement aidé personne, sans que cela ne remette en question sa posture de dirigeant.

Cette capacité de remise en question, avec simplicité, permet d’envisager des correctifs avec davantage d’agilité. En effet, les collaborateurs n’ont pas besoin de construire une explication complexe pour préserver l’image du dirigeant. Ils peuvent reprendre les faits tels qu’ils sont et proposer une autre manière de faire pour remédier à la situation.

L’autodérision reste utile lorsqu’elle s’accompagne d’une responsabilité assumée. Après avoir reconnu son erreur, le dirigeant doit indiquer ce qu’il va corriger, ce qu’il attend de l’équipe et comment il évitera que la situation se répète.

Quand l’humour empêche de traiter le problème

La plaisanterie remplace la décision

Un dirigeant commente régulièrement la lenteur d’un projet, l’imprécision d’un responsable ou le caractère interminable d’une réunion. Tout le monde reconnaît le problème et rit de sa répétition. Aucun échange explicite ne précise pourtant ce qui doit changer.

La plaisanterie devient alors une manière de signaler une insatisfaction sans assumer une demande. La personne visée ignore si elle doit rire avec le groupe, se sentir avertie ou modifier immédiatement son comportement. Les autres comprennent que le dirigeant est agacé, mais ne savent pas quelle règle appliquer.

Lorsque le sujet engage une responsabilité, revenez aux faits. Décrivez ce qui s’est produit, ses conséquences et la décision attendue. L’humour a peut-être permis d’ouvrir la conversation. La clarté doit ensuite prendre le relais.

Le dirigeant plaisante aux dépens d’une personne moins puissante

Une remarque sur une erreur, une manière de parler, un retard ou une habitude peut sembler légère à celui qui la formule. La personne concernée rit parfois parce que le dirigeant rit, parce que le groupe la regarde ou parce qu’elle ne peut pas montrer son malaise sans paraître susceptible.

Le rapport hiérarchique modifie la portée de la plaisanterie. Les collègues s’autorisent ensuite à reprendre la plaisanterie du dirigeant, la personne-cible peut craindre d’être durablement associée à cette situation et une difficulté ponctuelle peut rapidement devenir une identité publique.

Le Bouffon devrait diriger plus volontiers l’humour vers lui-même, vers une situation partagée ou vers une règle impersonnelle. Lorsqu’une personne précise devient la cible, il aura à vérifier que le contexte et le sujet permettent réellement ce jeu. Le rire du groupe ne suffit pas à établir que la remarque était acceptable.

Le sarcasme installe une critique sans possibilité de réponse

Le sarcasme donne à une critique la forme d’une plaisanterie. Il peut paraître efficace parce qu’il frappe vite et provoque une réaction. Il laisse pourtant l’interlocuteur dans une position difficile. S’il répond sérieusement, il semble manquer d’humour. S’il rit, son acquiescement peut être interprété comme une reconnaissance du reproche.

Dans une équipe, cette pratique encourage la prudence. En effet, les collaborateurs évitent d’être la victime du prochain sarcasme, prennent moins de risque ou préparent eux-mêmes des réponses ironiques. La vivacité des échanges masque alors une relation défensive.

Si votre remarque contient une demande, formulez cette demande directement. Si elle exprime une colère, nommez les faits qui la provoquent. Vous préservez ainsi la possibilité d’une réponse et d’un désaccord professionnels.

Une plaisanterie déplacée réduit la crédibilité

L’humour expose celui qui l’emploie. Une intervention humoristique réussie montre de l’assurance et une analyse fine de la situation. En revanche, une plaisanterie inappropriée peut faire douter du jugement de la personne, même lorsqu’elle était destinée à détendre l’atmosphère.

Bradford Bitterly, Alison Wood Brooks et Maurice Schweitzer ont étudié en 2017, au cours de plusieurs expériences, la manière dont l’humour influence le statut accordé à une personne. Leurs résultats montrent que :

  • une plaisanterie réussie peut accroître la perception de confiance et de compétence de la personne qui plaisante
  • une plaisanterie jugée déplacée diminue la compétence attribuée à son auteur et peut abaisser son statut.

Lire l’étude publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology.

Ces expériences ne reproduisent pas toute la complexité d’une relation de travail dans le temps. Elles montrent néanmoins que l’intention ne détermine pas seule l’effet produit. Le sujet, le moment, le public et le caractère approprié de la remarque influencent la manière dont le dirigeant sera perçu.

La légèreté minimise une situation grave

Une équipe peut apprécier l’humour de son dirigeant pendant une période chargée et attendre une tout autre posture lorsqu’un accident, une faute importante, un licenciement ou une menace économique survient.

Le Bouffon peut chercher à protéger le groupe d’une atmosphère trop lourde. Les personnes peuvent comprendre que leur inquiétude est excessive ou alors que la direction refuse de mesurer la gravité de la situation.

Vous pouvez laisser la place aux émotions sans entretenir la dramatisation. Dites ce qui s’est passé, ce que vous savez, ce qui reste incertain et ce qui va être décidé. La légèreté retrouvera éventuellement sa place plus tard, lorsque la situation sera plus claire pour tout le monde.

L’identité de personne drôle devient une obligation

Une personne reconnue pour son humour peut se sentir chargée d’alléger chaque réunion : les collègues attendent sa formule piquante, sollicitent sa réaction burlesque ou s’étonnent lorsqu’elle reste sérieuse. Elle finit parfois par se sentir obligée de plaisanter alors qu’elle est fatiguée, en désaccord ou réellement préoccupée.

Cette attente réduit sa liberté d’action et l’enferme dans une identité de “bouffon”. Le dirigeant Bouffon gagne à varier ses modes d’intervention. Il peut questionner, se taire, demander un temps de réflexion ou exprimer une inquiétude sans chercher immédiatement à la rendre agréable ou amusante.

Utiliser l’humour avec discernement

Regardez qui ou quoi devient la cible

Avant une plaisanterie, identifiez ce qu’elle met en cause : une situation commune, une règle absurde ou votre propre erreur présentent moins de risques qu’une caractéristique personnelle, une difficulté individuelle ou un groupe déjà minoritaire.

Examinez également qui dispose du pouvoir de répondre. Un pair peut vous renvoyer une plaisanterie. Un jeune collaborateur, un prestataire dépendant de votre décision ou une personne récemment arrivée ne possède pas toujours la même liberté.

Choisissez le moment à partir du besoin du groupe

L’humour peut être utile lorsque les positions se raidissent ou que la fatigue alourdit l’atmosphère. Il l’est beaucoup moins lorsque les personnes ont besoin d’informations fiables ou d’une décision immédiate.

Demandez-vous ce que le groupe attend à cet instant. Doit-il envisager une autre possibilité, comprendre les faits, mesurer une conséquence ou savoir ce que vous allez faire ? Prendre en compte les attentes et besoins de vos interlocuteurs vous aide à choisir votre registre de communication.

Revenez explicitement au travail à accomplir

Après un moment de rire, reformulez ce que cet humour a permis d’éclairer. Vous pouvez dire : « Cette remarque nous fait rire parce que nous savons que nos trois priorités sont incompatibles. Il faut maintenant en retenir une. » Le passage entre le décalage et la décision devient clair.

Cette reformulation évite que chacun conserve une interprétation différente de la plaisanterie. Elle montre également que l’humour permet aussi de mieux collaborer.

Acceptez qu’une plaisanterie puisse manquer sa cible

Même une remarque conçue avec soin peut blesser ou être mal comprise. Si une personne vous le signale, écoutez l’effet produit avant d’expliquer votre intention.

Reconnaissez votre maladresse, présentez vos excuses si nécessaire et revenez au sujet initial. Le dirigeant protège davantage sa crédibilité en réparant clairement ses maladresses qu’en exigeant des autres qu’ils partagent son sens de l’humour.

N’utilisez pas l’autodérision pour éviter votre autorité

Se moquer de ses propres défauts peut faciliter la relation. Cette habitude devient nuisible lorsqu’elle vous dédouane de vos responsabilités : un dirigeant qui plaisante chaque semaine sur son incapacité à respecter les horaires reconnaît le problème sans le corriger.

L’autodérision doit pouvoir être suivie d’un changement observable. Votre simplicité renforce alors votre responsabilité au lieu de s’y substituer.

Ouvrez des espaces de jeu qui ne reposent pas sur la performance comique

Le Bouffon ne se limite pas aux plaisanteries. Il peut proposer un exercice inhabituel, changer la disposition d’une réunion, utiliser des objets pour représenter un problème ou demander une réponse volontairement excessive avant de revenir à une option réaliste.

Ces formats autorisent l’imagination sans obliger une personne à faire rire le groupe. Ils conviennent aussi aux équipes dont les membres n’ont pas les mêmes références culturelles, la même aisance orale ou le même rapport à l’humour.

Les situations où le Bouffon apporte un appui décisif

L’archétype du Bouffon devient particulièrement utile lorsque l’organisation doit :

  • faire évoluer un échange dans lequel les mêmes arguments se répètent ;
  • rendre visible une contradiction que le langage habituel ne permet pas d’éclairer ;
  • questionner une règle devenue automatique ;
  • aider des responsables à reconnaître une erreur sans perdre la face ;
  • relancer la recherche de solutions après plusieurs tentatives infructueuses ;
  • redonner de l’énergie à un collectif fatigué par un travail long ;
  • simplifier un discours rendu inutilement solennel ou technique ;
  • permettre au dirigeant de reconnaître les limites de sa propre maîtrise.

Dans ces situations, le Bouffon desserre les positions et réintroduit de la liberté dans la pensée. Son apport reste juste lorsqu’il respecte les personnes, tient compte du contexte et ramène le collectif vers une analyse ou une décision.

Les archétypes complémentaires du Bouffon

Le Bouffon peut compléter sa posture en mobilisant d’autres archétypes :

  • Le Sage vérifie les faits et distingue une contradiction réelle d’une formule seulement séduisante.
  • Le Souverain assume la décision après le moment de décalage et précise les règles qui devront être appliquées.
  • Le Protecteur l’aide à mesurer la vulnérabilité d’une personne exposée au rire du groupe et les effets possibles d’une remarque.
  • Le Créateur transforme le jeu, l’improvisation et les idées inattendues en solutions qui peuvent être expérimentées.

Ces postures permettent au Bouffon de préserver la liberté de ton sans affaiblir la responsabilité, la rigueur ou le respect dû aux personnes.

Questions pour développer votre leadership de Bouffon

  1. Quel problème évoquez-vous régulièrement sur le ton de la plaisanterie sans avoir encore formulé de demande claire ?
  2. Qui peut librement vous répondre avec le même humour que celui que vous employez ?
  3. Quelle personne ou quel groupe devient trop souvent la cible des plaisanteries collectives ?
  4. Dans quelle situation devez-vous abandonner la légèreté pour donner des faits ou prendre une décision ?
  5. Quel sujet pourrait être débloqué par un changement de cadre, un exercice inattendu ou une formulation plus libre ?
  6. Quelle maladresse récente mérite une excuse ou une réparation explicite ?

Exercer pleinement le rôle du Bouffon

Le Bouffon rappelle qu’une organisation peut prendre ses responsabilités sans alourdir chaque échange. Il révèle les contradictions, desserre les positions défensives et crée les instants de liberté qui permettent à une équipe d’envisager une autre réponse. Il aide aussi le dirigeant à reconnaître ses erreurs sans consacrer son énergie à protéger son image.

Son leadership gagne en justesse lorsqu’il prend en compte la cible, le contexte et le rapport de pouvoir avant d’intervenir. Et lorsqu’il sait ensuite quitter le registre de l’humour pour assumer une décision. Le rire redevient alors une ressource du travail collectif, sans servir d’abri à l’évitement ou au mépris.

Magalie Vernet-Hanotaux, coach professionnelle et consultante

À propos de l’autrice

Magalie Vernet-Hanotaux est coach professionnelle et consultante auprès des dirigeants et des organisations.

Elle accompagne les dirigeants d’entreprise, cadres dirigeants et responsables d’organisation, dans les secteurs privé et public, lorsqu’ils doivent prendre une décision sensible, déléguer davantage, prendre une nouvelle fonction, faire évoluer leur posture ou conduire une transformation.

Après seize années à des fonctions de direction, elle associe coaching professionnel, communication stratégique, dynamiques collectives et transformation des organisations.

Accompagnement du dirigeant

Lorsque l’humour vous aide à créer du lien mais rend certaines attentes difficiles à comprendre, qu’il masque un désaccord ou qu’il fragilise votre crédibilité dans les moments importants, un accompagnement peut vous aider à ajuster votre communication.

Le travail ensemble consiste alors à conserver votre liberté de ton tout en clarifiant les faits, les responsabilités et les décisions qui relèvent de vous.

→ Découvrir l’accompagnement des dirigeants

Découvrez les 12 archétypes du dirigeant

Chaque archétype éclaire une manière particulière d’exercer son leadership, de décider et d’agir avec les autres.

  • Le Souverain : il pose le cadre, arbitre et garantit la cohérence de l’organisation.
  • Le Héros : il mobilise l’énergie collective et conduit l’action dans les situations exigeantes.
  • Le Magicien : il perçoit les transformations possibles et organise le passage de la vision à la réalité.
  • Le Sage : il recherche la compréhension, éprouve les hypothèses et éclaire les décisions.
  • Le Rebelle : il remet en cause les règles devenues stériles et ouvre une voie de rupture.
  • Le Créateur : il conçoit une réponse singulière et lui donne une forme durable.
  • Le Protecteur : il prend soin des personnes et veille aux conditions nécessaires à leur engagement.
  • L’Explorateur : il ouvre de nouveaux territoires et développe l’autonomie face à l’inconnu.
  • L’Innocent : il entretient la confiance, la simplicité et la fidélité à des principes clairs.
  • Le Compagnon : il crée la proximité, favorise l’appartenance et renforce la coopération.
  • L’Amoureux : il cultive la qualité des liens, l’engagement et le soin apporté à l’expérience.
  • Le Bouffon : il introduit le jeu, la liberté de ton et le recul nécessaires dans les situations tendues.

→ Lire le guide complet des 12 archétypes du dirigeant

Pour prolonger la réflexion

TRAJECTOIRES

LA LETTRE DES DIRIGEANTS

La Boussole
du dirigeant

Un temps de recul.
Des repères pour avancer.

2 rendez-vous par moisUne lecture de 5 minutes

Recevez un éclairage sur vos enjeux de dirigeant et une piste concrète à mettre en pratique.

En m’inscrivant, j’accepte de recevoir cette newsletter.
Vous pouvez vous désabonner à tout moment. Confidentialité.